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22/03/2010

Les péripéties d'une accompagnatrice ASF

Les péripéties d’une accompagnatrice ASF (Aviation Sans Frontières), lors d’un convoyage Paris Dakar et retour.

« Enregistrement direct sur BLS ; 1 mn plus tard j'ai ma carte d'embarquement en LLA (liste d'attente), ce qui me permet d'effectuer déjà les formalités de police et d'aller en salle d'embarquement où je vais retrouver ma collègue, Jocelyne, infirmière de son état, et qui a travaillé comme moi à Orly Nord ; nous nous connaissons bien.

Dès qu'elle arrive nous papotons de tout et de rien, surtout d'ASF... et des convoyages que nous avons effectués ; elle ne ramène jamais d'enfant guéri... comme elle est infirmière on ne lui confie que les enfants malades qui ont besoin d'oxygène ou d'autres traitements...Pendant que nous attendons, nous voyons arriver une blonde avec un petit Sénégalais tout mignon... elle se dirige vers le bureau des LLA et je dis à Jocelyne : "çà serait drôle que ce soit aussi une convoyeuse ASF..." ; elle me répond "c'est pas possible nous sommes déjà 2 !".... bof, on verra tout-à-l'heure. Nous allons au même bureau et réclamons une place le plus près possible de la sortie, tout en étant en Eco évidemment... afin de ne pas faire perdre de temps à la police car nous avons 2 fillettes à récupérer car nous rentrons avec le même avion. No problem, nous avons nos places. En sommes un vol Paris Dakar et retour en moins de 24 h !

A bord nous avons beau nous présenter, dire et redire que nous sommes ASF et que nous revenons par le même avion, point de "mettez-vous là dans le petit coin !"... c'est mauvais signe... on se représente à nouveau à tout personnel navigant que nous rencontrons... rien n'y fait, nous ne changerons pas de place... Jocelyne, furieuse, me dit : "j'espère qu'il n'y aura rien sur ce vol, car je leur dirais que je ne suis pas médecin !!!"....

Durant ce voyage, nous avons le temps de manger, de boire un petit remontant, il faut bien se remettre de ses émotions...), de papoter, de faire un tour dans l'avion, de discuter avec les hôtesses qui me demandent si c'est moi qui ramène le petit Sénégalais chez lui ? Non, nous allons chercher deux petites filles... alors il y a une autre convoyeuse à bord ; je vois laquelle ; elle est juste devant la cloison du fond ; effectivement c'est son 2ème convoyage, le mois dernier elle était allée à Bamako ; c'est une hôtesse à la retraite depuis peu, et elle a des collègues a elle sur ce vol et malgré çà elle est aussi en Eco... c'est pas possible, ils ont dû recevoir des consignes... Elle est soulagée de savoir qu'il y a une infirmière car elle ramène 2 fillettes... je me dis que ce sont peut-être les mêmes ? allez savoir !!! elle regarde les noms : ouf çà n'est pas çà ; les siennes n'ont pas le même âge et partent à Genève pour  Terre des Hommes, alors que les nôtres partent à Nice pour Rencontres Africaines !

Arrivée aéroport de Dakar, nous sortons parmi les premiers et sommes vite dehors ! Le Dr Sokhna, une femme splendide avec un superbe boubou, nous hèle et nous emmène au niveau Départ où sont les fillettes : Seynabou 4 ans accompagnée de son père et Mariama 3 ans accompagnée de sa mère ; comme elle est mignonne Mariama avec son jardin potager bien au carré et ses innombrables lunes de toutes les couleurs attachées à ses cheveux ; c'est elle qui restera avec Jocelyne car elle a besoin d'oxygène ; et moi j'ai Seynabou, la plus atteinte, mais elle ne nécessite pas d'aide médicale. Un dernier bisou à papa/maman ; ce soir même pas une larme n'est versée... nous nous enregistrons et le Dr demande une chaise pour Seynabou qui ne marche pas ; le Dr s'occupe de tout, enregistrement, passage police, accès à bord avec une voiture élévatrice qui nous montera jusqu'à l'entrée de l'avion... c'est la voiture des éclopés, il y a déjà un vieux monsieur sur un fauteuil roulant et une dame âgée aveugle avec une canne blanche. Là les choses se gâtent car nous ne sommes pas ensemble ; je suis au rang 23K ET 23L et Jocelyne est au 44, tout au fond car c'est là que se trouve la bouteille d'oxygène fixe ; je demande à changer de place pour être à ses côtés, de façon à ce que nous aidions mutuellement ; on me dit de rester à ma place et qu'on verra une fois l'embarquement terminé ! J'ai beau leur dire que Jocelyne est l'infirmière qui a tous les médicaments, les couches, et j'en passe et qu'il difficile de rester ici aussi loin d'elle car je n'ai rien !...

L'embarquement est long, les gens se croisent et s'entrecroisent avec d'énormes bagages à main, que je mettrais d'office en soute ! certains racks ne ferment même plus !... et les hôtesses disent : "çà n'est pas dans nos attributions de porter et d'arranger les bagages !...", c'est pourtant ce qu'elles vont faire car les passagers s'en moquent éperdument... derrière, où est ma collègue çà râle, les gens veulent changer de place : la place 44 avait été donnée à un passager qui est furieux de voir Jocelyne installée là et il dit "c'est ma place, et je veux ma place !"... "oui, mais monsieur regardez sur quoi vous allez être assis : je suis à califourchon sur une bouteille d'oxygène dont j'ai besoin... alors vous serez mieux à l'autre place !"... Dans mon compartiment c'est pareil : un couple arrive, une dame occupe déjà la place côté allée ; le monsieur lui demande sa carte et elle a la place près du hublot où elle ne veut pas aller... le ton monte "mais Mme vous êtes à ma place, allez donc à la vôtre, vous y verrez la mer !"... à l'heure qu'il est çà m'étonnerait (22h40)... Au milieu c'est le même problème, il y a 4 places et tous les 4 veulent être au bord de l'allée ; une hôtesse vient s'en mêler, montre le dessin et les n° sur la carte... c'est pas vrai, certains passagers sont des boeufs... C'est alors que le Commandant de Bord annonce : "Asseyez-vous immédiatement à la place qui vous a été attribuée sinon je ne décolle pas !"... puis :"Si vous voulez être demain matin à Roissy il faut vous asseoir !...". Enfin tout le monde est assis, c'est alors que je demande à l'hôtesse si je peux changer de place... les moteurs tournent déjà... Elle me dit "on va décoller, on verra après le décollage !"... "après le décollage personne ne voudra bouger, ils se seront installés définitivement !"....

Après le décollage elle revient me voir avec un air tellement navré que j'ai pitié d'elle et lui dit "j'ai compris, personne ne veut bouger... si vous pouvez vous occupez de la petite puisqu'elle ne dort pas, je vais aller voir l'infirmière pour qu'elle me donne les médicaments et les couches" ; elle me remplace auprès de la gamine et je vais voir Jocelyne à cheval sur sa bouteille... elle est furieuse aussi car elle a eu un mal de chien à garder son territoire pas follement confortable... "Ici c'était l'horreur, les gens se seraient entretués pour une place !". Je récupère le suppositoire, les couches, les lingettes... j'en profite aussi pour faire pipi et je retourne à ma place où l'hôtesse m'attend ; je change la couche de la petite et là je m'aperçois qu'elle a autour du bassin une ceinture rouge et blanche (pas de chasteté...), cylindrique avec un sachet rouge cousu sur le devant... (sans doute un sac à grigris...). Pas question de lui enlever çà même si çà la gêne, la famille d'accueil verra ou alors les médecins... Peu après elle s'endort ; je l'ai installée sur son fauteuil côté hublot, avec une couverture et un coussin sous la tête et ses jambes sur mes cuisses ; moi je n'ai pas beaucoup de place car nous sommes serrés comme des sardines ; mon voisin est un grand noir dont les longues jambes s'étalent jusque sous mon fauteuil, c'est tout juste si je ne vais pas me retrouver sur ses genoux... aussi je ne dors pas de la nuit. Enfin c'est l'aube, on nous sert un thé/café et 2 biscuits de chez la Mère Poulard... fort bons d'ailleurs... la petite ne veut pas manger ; non seulement elle ne marche pas, elle ne parle pas, elle ne pleure pas, elle ne mange pas... mais elle bave... et à part dire "hey, hey, hey" sans arrêt et me regarder fixement de ses grands yeux noirs il ne se passe rien d'autre ; je me pose des questions... elle doit avoir autre chose que le coeur malade....

Arrivée Roissy CDG; un agent de l'ADP (Aéroport de Paris) vient nous chercher ; Jocelyne a mis la petite Mariama dans un porte-bébé harnais et ainsi elle a l'enfant contre elle ; Seynabou est sur la chaise roulante ; à la Police nous passons à toute allure en doublant tout le monde. Pas de bagage à attendre puisqu'ils ont été enregistrés jusqu'à Nice.A la sortie, deux Daniel nous attendent, dont l'un était médecin à Orly Nord et avec lequel Jocelyne a travaille. A Nice ils remettront les gamines à leur famille d'accueil respective, puis elle seront opérées à Monaco. Nous donnons à nos deux convoyeurs les fillettes, les passeports, les billets, les documents, etc... et nous les quittons ; moi je pars à la gare où j'ai un RER jusqu'à la Gare du Nord. Etonnement de la plupart des voyageurs : "Comment çà y a grève ?"... "Mais oui, vous êtes en France ! il faut descendre et reprendre le métro, le train de va pas plus loin !..." ; je descends sur le quai B pour aller jusqu'à St Michel  : le quai est noir de monde et il n'y a qu'un train sur 3... comme il n'est pas indiqué quand passera le prochain... et qu'en plus j'aurai beaucoup de mal à y monter je remonte à la surface pour prendre le métro de la ligne 10 qui m'emmène très vite à la Gare du Nord... où mon train habituel de 9h21 a été supprimé... le premier train pour Orléans est à 14h02. Comme il est 9h02 j'ai 5h d'attente et je me sens trop fatiguée pour aller visiter le Jardin des Plantes et autres Musées... Ce jour là je n’ai pas eu le temps de composter mon billet avant de monter dans le train pour Orléans ; 1 mn plus tard il démarre et grâce à la grève, et non pas à cause de... je suis plus tôt que d'habitude à la maison ! » MG.

Aviation Sans Frontières recherche des bénévoles sur Marseille et Montpellier

Pour assurer les accompagnements, il faut : Etre adhérent à Aviation Sans Frontières ; Bénéficier de billets d'avion à tarif réduit (IMPERATIF) soit directement en tant que membre actif d'une compagnie aérienne ou ayant droit, soit en tant que retraité d'une compagnie aérienne. Etre actif avec du temps disponible. Il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences médicales mais elles peuvent être indispensables dans certains cas. Aussi les médecins et infirmières bénévoles, bénéficiant de tarifs avions réduits,  sont d’un grand secours.

Les convoyages s'effectuent aussi bien sur les vols longs-courriers (Afrique, Asie...) que sur l'Europe ou sur les vols intérieurs (France).  Contacts : ASF Tél : 01.49.75.74.39  Courriel : convoyage@asf-fr.org

Aviation sans Frontières conduit des missions humanitaires auprès des plus démuni au coeur des pays en voie de développement. Un soutien indispensable auprès de nombreuses ONG qui font régulièrement appel à ASF. Grâce à la générosité, aux compétences de ses bénévoles et à la logistique aéronautique dont elle dispose, ASF constitue un trait d'union entre ceux qui donnent et ceux qui souffrent.

- des missions avion à disposition des ONG;

- accompagnements d'enfants en urgence de soins;

- messagerie médicale et frêt humanitaire;

- Les ailes du sourire en liaison avec de nombreuses associations de France;

- ASF offre des journées découverte aéronautique à de jeunes personnes handicapés ou socialement isolées;

- Mission Lait

Des hommes et des femmes du monde de l'aéronautique confrontés aux souffrances humaines, concrétisent leur générosité, depuis 30 ans, en mettant leur savoir et leurs moyens au service de l'aide humanitaire. C'est chaque année 2000 enfants en urgence de soins, autant de personnes handicapés qui ont bénéficié d'une journée d'initiation à l'aéronautique; l'envoi de 8 à 10 000 colis de médicaments dans les pays en catastrophe humanitaire. ASF : Tel 01 49 75 74 37 - Courriel : asfparis@asf-fr.org

by Johanna Van Meel

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